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Interview de Jean-Yves Corvez Interview de Jean-Yves Corvez
Article parents
Par Equipe Orientation - Lu 20200 fois.

FiliereFilière : Hôtellerie, restauration, Tourisme

En résumé : Une main de fer... et un coeur gros comme ça ! Jean-Yves Corvez est professeur de cuisine au Lycée Santos Dumont à Saint Cloud (92). Vous l'avez vu dernièrement dans l'émission "Oui chef" sur M6. Fonceur, l'homme ne mâche pas ses mots, dit clairement ce qu'il pense et ça fait du bien. Fils d'ouvrier, il veut transmettre des valeurs simples telles que le courage, l'engagement et le respect. Nous l'avons rencontré pour qu'il nous parle de sa filière, de son métier des études.

Propos recueillis par Raphaël Jore et Nikolas Charrier

Raphaël Jore : Une petite présentation pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Jean-Yves Corvez : Je suis professeur de cuisine depuis 1996, j'ai eu un parcours assez classique, j'ai fait un BEP et un CAP de cuisine, ensuite, j'ai beaucoup travaillé sur la place de Paris, chez des grands et des moins grands, puis, j'ai été à mon compte pendant 3 ans. J'avais une petite entreprise (traiteur). J'ai vendu ma boite et j'ai passé les concours pour rentrer dans l'éducation nationale, j'ai été maître ouvrier pendant 3 ans et ensuite j'ai passé le concours qui m'a permis de rentrer à l'IUFM pour devenir professeur.

RJ : C'est un parcours un peu particulier ?

Jean-Yves Corvez : Complètement atypique, c'est peut être ce qui fait la différence. C'est le parcours que je souhaite aux jeunes qui veulent se lancer dans le métier parce que c'est une richesse, je peux aller travailler n'importe où.

Nikolas Charrier : En général, ils font plutôt l'inverse, ils travaillent d'abord dans le public et ensuite, ils s'orientent vers le privé ?

Jean-Yves Corvez : C'est la grosse erreur, qu'il ne faut pas commettre. Il faut d'abord " manger son pain noir " pour pouvoir après manger son pain blanc. Mais c'est le problème des jeunes aujourd'hui qui fait qu'ils rament et c'est une catastrophe parce que dans notre métier, ce sont les dix premières années qui sont les plus difficiles et les plus enrichissantes, c'est le passage obligé. Je parle pour quelqu'un qui veut s'en sortir, qui veut faire carrière, qui veut être reconnu. C'est minimum 10 ans, on va dire, assez difficile.
C'est un métier qui demande tellement de compétences. Contrairement à d'autres métiers où il ne faut qu'une, deux ou trois compétences, nous, il nous en faut une multitude. Le passage obligé, c'est différentes maisons, différents apprentissages, différents maîtres d'apprentissage, différentes formules de restauration : avant, il y avait le restaurant classique, la brasserie et le restaurant d'hôtel, basta. Aujourd'hui, c'est plus comme ça, il y a des formules de restauration à ne plus savoir qu'en faire. Si la personne n'a pas envie d'aller voir ce qui se passe ailleurs, elle ne progresse pas et ça va tellement vite qu'on ne peut pas se permettre de rester à une place plus d'un an.

Pour se former dans ce domaine :
Hôtellerie, restauration, Tourisme

RJ : Pourquoi un an?

Jean-Yves Corvez : Il faut bouger. On va voir d'autres chefs, changer d'objectifs de travail et avoir une autre optique, une ouverture d'esprit qui va faire qu'on va emmagasiner un maximum d'informations pour pouvoir après les gérer, voire les retransmettre, voire les exploiter.

RJ : C'est un métier dur?

Jean-Yves Corvez : Mon point de vue, c'est que si on est fainéant à 20 ans, on risque d'être fainéant jusqu'à la fin de sa vie. Dans ce métier, il n'y a pas de place pour la fainéantise, la sélection se fait dès le départ. Si vous voulez tirer votre épingle du jeu, il ne faut pas avoir un poil dans la main, ça ne conviendra pas à quelqu'un qui va choisir ce métier en restauration traditionnelle. Cependant, s'il préfère une qualité de vie plus stable et moins contraignante, il peut le faire mais il va plutôt choisir la restauration collective où il va faire ses 35 heures et avoir tout ses week-end. Je ne juge pas, c'est un choix, autant bien orienter la personne. Si le métier n'est pas une priorité pour lui, tout en étant quelqu'un de sérieux, il faut qu'il choisisse cette voie : la collectivité. Il aura beaucoup plus de temps de loisirs ou de temps de repos. Apres, si vous avez quelqu'un qui choisi ce métier parce que c'est un passionné, parce qu'il veut faire avancer le schmilblick, c'est clair qu'il faut qu'il soit courageux et téméraire autrement, ce n'est pas possible.

RJ : Quel âge ont vos élèves ?

Jean-Yves Corvez : On a des tranches d'ages assez différentes. Pour les plus jeunes, ça part de 3ème professionnelle, ce sont les élèves qui sortent de 4ème, qui intègrent la troisième, mais en lycée professionnel. Ils font donc une année pour voir ce qui les intéressent entre le travail en salle et le travail en cuisine. Au bout de cette année-là, soit ils rentrent en CAP, en apprentissage, soit ils intègrent une première année de BEP pour les meilleurs. Le BEP se fait en 2ans. Cela leur ouvre une formation en bac professionnel ou bac technologique pour les meilleurs, qui pourront ensuite se présenter pour un BTS. Après le bac pro, c'est la vie professionnelle qui commence.
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